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28 décembre 2014

Portrait #8 Pablo Arayo

C’est en descendant les escaliers du Cerro Concepción, après avoir passé l’après midi à flâner dans les galeries d’arts, que nous tombons sur un tout petit atelier de fabrication de jouets en bois. Attirés par de petits avions colorés, nous nous approchons de la table où sont exposés plusieurs pièces artisanales. Pablo, un homme au visage marqué, les yeux d’un vert profond, les mains abîmées par le travail vient nous parler de ses créations.

Tout les objets sont fait de bois recyclé trouvé dans la rue, de vieux meubles et de tas de planches. Nous parlons ensemble, il nous dévoile peu à peu sa vie, sa jeunesse à Viña del Mar, ville qu’il n’a jamais aimé, puis son arrivée à Valparaiso, qui lui convenait plus. Il s’est installé à Valparaiso voilà 18 ans, et à commencé a travailler dans une association qui promeut l’art auprès de jeunes incarcérés.

Depuis 8 ans, il vit dans l’immeuble au dessus de son point de vente. Avant, il vendait des objets sur une place plus touristique, mais le soleil et la chaleur l’ont fait changer d’endroit. Il s’est installé dans le hall de son immeuble, à l’ombre, à porté de son atelier. Pablo n’a pas de permis de vente, et la municipalité n’en délivre plus sur le Cerro Conception, qui est aujourd’hui trop touristique et déjà rempli de petites boutiques d’artisanat et de galeries d’art. Notre ami tente tout de même sa chance, il essaye de monter un dossier pour l’acquisition d’un permis. En attendant, il croise les doigts en espérant ne pas tomber sur un inspecteur qui viendrait lui interdire la vente.

Nous échangeons, le temps passe, et deux heures se sont écoulées lorsque le soleil commence à se coucher. Il nous montre les fenêtres de sont atelier, et nous invite à passer chez lui le lendemain pour visiter son appartement/atelier.

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Le lendemain midi, nous faisons retentir la sonnerie, des empañadas à la main et voyons la tête de Pablo sortir de la fenêtre de son atelier. Il descend pour nous ouvrir la porte de son manoir. Derrière une armoire vitrine où sont exposées ses créations, nous montons un long et sombre escalier. Les marches grincent, les murs sont craquelés, fissurés par le temps, les mites, l’humidité et les tremblements de terre… Arrivés en haut, les escaliers s’ouvrent sur un immense vestibule dans la pénombre, éclairé uniquement par un faisceau de lumière zénithale. Un canapé, une petite table basse, un aménagement sommaire. Pablo nous fait visiter son atelier, une grande pièce lumineuse cette fois, double orientation pour que la course du soleil illumine la pièce toute la journée afin qu’il puisse travailler à la lumière naturelle. Il nous montre ses machines, toutes fabriquées main, (elles coûtent trop chères dans le commerce), les pièces de bois qu’il taille, il nous fait des démonstrations, nous explique comment il travaille, nous transmet sa passion du bois.

Nous retournons dans le vestibule pour y goûter les empañadas, et Pablo nous raconte l’histoire de la maison. Construite au début XIX siècle, elle appartient maintenant à une famille qui souhaite la revendre. Pablo y habite depuis 8 ans, et depuis 8 ans les propriétaires cherchent des acquéreurs. Mais l’état de délabrement et les travaux considérables qu’il faudrait engager pour la remettre en état en font un bien presque invendable… Si c’est un fardeau pour la famille, c’est une chance pour Pablo qui habite ce lieu insolite et y gagne sa vie.

C’est un homme généreux, souriant et la main sur le cœur que nous avons rencontré. Merci à toi Pablo de nous avoir fait partager pour un moment ton univers magique.

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Commentaires

  1. Uta

    Merci Eva et Erwan de partager ce moment hors du temps avec nous – c’est comme si on y était! Et très belle la photo de Pablo.

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